Ils n'avaient eu à peine le temps
d'enterrer les morts,
qu'il fallut repartir,
sous une pluie battante,
dans la boue, dans le froid, dans le vent,
L'œil vissé sur l'horizon,
la-bas, l'ennemi vous fixait
planqué dans sa tranchée
c'était lui ou vous,
Ils n'étaient pourtant
que des hommes,
des hommes à qui l'on avait
enfilé un uniforme
et donné une arme,
Mais savaient-ils que là-bas
au pays, peu importe la couleur du ciel,
il y avait une mère en larmes ?
Pour quelques âcres de terre
gagnées sur l'ennemi,
combien de morts ?
Combien d'innocents périssent
pour faire l'orgueil de leurs généraux,
pour la gloire, pour la patrie,
pour quoi ? Oui, pourquoi ?
Quels sacrifices, au nom de qui ?
Au nom de quoi, a t-on le droit
de sacrifier la vie d'un homme ?
Pour une poignée de politicards
planqués dans leurs bureaux peinards,
ils sacrifient la jeunesse, vigoureuse,
l'envoie sur tous les fronts,
alors qu'elle devrait-être aux champs,
à l'usine ou aurprès de leurs femmes,
faire des enfants, repeupler le pays,
Au lieu de cela, elle court la tranchée
le fusil à la main,
pour gagner quelques arpents
au son du sifflet et des ordres
que braillent un sergent aviné,
Jusqu'à la victoire ou la mort,
et qu'ils finissent au fond d'une fosse,
enterrés à la hâte par leurs camarades
qui aussitôt, repartiront sous la pluie,
le froid, le vent...