A tout prendre, je préfère la révolte.
J'aime ceux qui, devant la souffrance universelle
ou les enfants qui meurent disent :
" Pourquoi ? "
Car pour crier ce pourquoi,
il faut-être fort;
Il faut être un homme...
L'arbre que l'on abat se laisse faire;
Mais l'homme offensé, injurié, humilié,
opprimé, blessé,
exige des comptes ;
Et c'est son droit !
Ni la vile acceptation des lâches,
ni le sot étourdissement des débauchés,
ni les accomodements des philosophes
ne connaissent ces saintes audaces.
Saintes audaces parce qu'elles posent
des questions graves, et que Dieu
est très vite pris à parti.
On dit que la souffrance conduit à
l'athéisme ?
Je dirais qu'elle provoque plutôt
la grande confrontation, et sans doute
que Dieu lui-même ne se dérobe point.
Peur-être se méprenons nous
losque l'on accuse Dieu de toutes nos souffrances;
Dans le drame universel de la souffrance,
Dieu a choisi lui-aussi de souffrir.
Il a choisi Gethsemané...
Gethsemané, c'est l'agonie de Dieu.
C'est l'instant où tout bascule,
où le mal est là,
visible, horrible,
dans la mort qui guette.
Non, il n'est point d'agonies,
point de tortures,
point d'angoisses que la croix
n'ait fait connaitre à celui qui
s'est voulu homme de douleur
et habitué à la souffrance.
Ce jour-là, Dieu s'est aquis le droit
de n'être jamais accusé de nos souffrances.
Sachez désormais aux pires moments
de vos épreuves,
quand vous sentirez que tout vous abandonne,
que Dieu vous aura précédés.