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ATTEINTES À LA DIGNITÉ HUMAINE
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Ce matin, les nouvelles sont mauvaises, mais c'est l'habitude. Les bulletins de presse passent en revue les soulèvements, les grèves, les accidents, les tremblements de terre et les crimes. Le lot quotidien. On finit par n'y plus prêter attention. Et c'est là que tout commence à devenir grave. L'homme est comme atteint de l'intérieur, rongé, amoindri par les inquiétudes, mêmes menues, toujours multiples. Remontera t-on le courant des intérêts, de l'immédiat, du profit ? Et si maintenant, l'homme en vient à porter atteinte à sa propre nature ? Les chirurgiens et les psychiatres ont déjà donné l'alarme : le grand tripotage a commencé. Car l'homme s'est avisé de changer l'homme dans son corps et dans son cerveau : amoindrir ou survolter les commandes nerveuses, connaître les ravissements de la folie, jouir des hallucinations de la démence, savourer sans leurs conséquences les extases physiques, modeler à souhait son corps, le modifier. La drogue est dans la rue, euphorisante, hallucinatoire, stérilisante, soporifique, pour mieux dormir, pour mieux vivre, pour mieux maigrir, pour mieux digérer, pour mieux jouir... Manipulé, dépersonnalisé, survolté, décervelé, automatisé, pris en charge par la société, par la machine, lui qui rêve maintenant de modifier son patrimoine génétique, que devient l'Homme dans tout cela ? Apparemment, rien de bien différent : on dirait même qu'il en est heureux, consentant, conquis. Car l'entreprise est si bien montée qu'on obtient de l'Homme ce qu'aucun combat n'aurait pu donner : qu'il se vende pas cher, qu'il soit tout fier de porter atteinte à sa nature et à sa liberté. Vains, les suprêmes appels à la dignité humaine ? Et puis, les économies de la violence et de la luxure, les seules profitables, ne sont-elles pas nécessaires à la survie des sociétés, des Etats, à l'équilibre sociale ? Et le chômage donc ? L'exploitation sordide des turpitudes est la seule finalement par où l'Homme soit encore rentable. on en vient à être insensé, que dis-je : mauvais citoyen, quand on fait appel à l'air pur, à la dignité, à l'honneur, quand l'économie elle-même, dernier déguisement du dieu Mammon, exigeant et dévorant, lui-même intoxiqué, souillé, pollué, vit de toutes les fumées du vices et de la poudre. D'ailleurs, une presse vénale veille plus qu'on ne le pense, prête à tout instant à intervenir avec tout un arsenal de procédés, dont le premier est toujours le plus facile et le plus efficace : on tourne en ridicule les ultimes velléités de la morale, on s'amuse des derniers chevaliers de l'honneur... et il est tant de moyens d'obtenir le silence des gouvernants, des politiciens, des médecins ! D'excellents cinéastes ont fait là d'excellents films, dont tout le monde s'est bien diverti. Ainsi l'humanité, avide de slogans et vulnérable à toutes les pressions, risque bien de s'en aller consentante à sa déchéance finale, aux cris de vive la liberté et vive le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. |