Peut-être ne faut-il pas se compliquer d'une vie
qui tout compte fait ne l'est guère, si tant est que
sa grande simplicité nous apparait après coup, à
distance, une fois que sont tombées hors de vue
les vaines raisons qui nous agitaient. Tout
s'éclaire de toute façon un jour, d'une lumière
nécessaire et pourtant jusque-là mal entrevue.
Pour comprendre sa vie, il faut attendre. C'est
peut-être un pêché d'en juger trop tôt.
Ainsi des promesses qui s'accomplissent, et
que je ne reconnais qu'après coup. Comme autrefois
les deux pélerins, nous ne reconnaissons
jamais Dieu au moment de la rencontre : ce n'est
qu'après. Ainsi disaient les Ecritures : souviens-toi
de tout le chemin que l'Eternel t'a fait, et reconnnais
par là que c'est Lui qui te conduit.
Reconnais donc, dans ta vie hasardeuse où tu
marchais chaque jour comme au désert, que c'est
Lui tout au long qui t'a conduit, même lorsque le
vent effacait tes pas. Que tu es devenu ce qu'il fallait
que tu sois.
Le premier jour qu'au travers de ta longue marche
Il t'a donné la première manne, lorsqu'il a
exaucé ta première prière, tout est devenu possible.
La plus belle preuve que Dieu existe, et qu'il
t'aime, c'est ta première prière exaucée. Même s'il
n'y en eut jamais d'autre, ce jour-là, en t'exauçant,
Dieu s'engageait à te conduire jusqu'au bout.
Sinon Il n'aurait pas commencé.
Ce jour-là, en même temps qu'Il te répondait,
Il te faisait une bien belle promesse.
Dis-toi qu'il n'est point de hasards, sinon apparents,
ni de fatalités, que provisoires, qui ne soient
d'abord admises, ensuite récupérées, par la
volonté unifiante du Dieu fidèle qui tisse et construit
nos vies, les sauvant du désordre, des contradictions,
et de l'inutilité. Alors confie-toi.
N'oublie rien. Sa volonté pour toi est écrite dans
ton passé. Mets-toi du recul dans ta vie. Apprends à
lire à distance. Et surtout n'oublie rien des grandes
directions qui furent les tiennes, même si elles
ne sont visibles qu'à toi seul. Tu y découvriras, de
sûre science, beaucoup plus que dans tes craintes
et tes perplexités, la force des lendemains.
A toi pour le futur, avec toute mon affection,
Gimdolf_Fleurdelune